Revenants | Olivier Morel & Maël


revenantsRevenants fait écho au film l’âme en sang d’Olivier Morel dans lequel ce dernier nous offre un témoignage troublant de ces hommes et ces femmes partis au combat au nom de la liberté, aujourd’hui vétérans, revenus d’Irak avec des médailles pour certains mais surtout avec un PTSD (Post-Traumatic Stress Discorder) qui a bousillé leur vie.

Lorsque l’on évoque la guerre en Irak, que ce soit celle de 1990 sous la présidence de George Bush ou celle de 2003 lorsque son fils (G.W Bush) était en place, des images m’apparaissent rapidement. Le bal nocturne des tirs de DCA qui déchire le ciel de Bagdad, les convois de Hummers traversants les rues en ruines, la chute de la statue de Saddam Hussein, les frappes aériennes chirurgicales, les scènes de liesse de cette population libérée, bref tout ce que la télévision de l’époque souhaitait – ou pouvait – nous montrer. Mais la guerre est évidemment un contexte bien plus complexe car au-delà des images il y a les hommes et les femmes, soldats ou civils qui sont au cœur des combats et comme souvent lors d’un conflit, les dérives sont nombreuses et le sens commun laisse place à la barbarie. Le bien, le mal, tout ça n’existe plus lorsque pleuvent les balles et que chaque civil devient un ennemi potentiel. C’est dans cette situation de pression psychologique permanente que des milliers de soldats ont vécu chacune des journées passées dans ce pays. Parmi eux, Olivier Morel donne la parole à six revenants, tous victimes de PTSD (trouble de stress post-traumatique). Car cette pression psychologique ne retombe pas avec le temps. Leur retour aux États-Unis est finalement plus traumatisant que les combats eux-mêmes. Ils se retrouvent déracinés, sans repère dans un système qui les rejette et ne veut plus entendre parler d’eux.

Exemple avec ce vétéran, qui considère que chaque jour de sa vie est une épreuve. Pour lui, utiliser sa voiture devient un cauchemar, chaque pont, chaque bâtiment, chaque feu rouge le renvois en Irak. La peur d’une embuscade est une obsession permanente à tel point qu’il garde des réflexes de survie appris au combat : à un feu rouge, toujours garder un espace entre lui et la voiture de devant afin de pouvoir s’échapper d’un éventuel guet-apens, ou encore repérer du premier coup d’œil un endroit qui pourrait servir à une embuscade… comme s’il était toujours en Irak dans un convoi.

PlancheA_196193J’avais décidé de voir le film – l’âme en sang donc, diffusé à l’origine par ARTE en 2011 – après la lecture de l’album et finalement j’ai décidé de le voir alors que j’étais au milieu de la lecture. J’avais trop envie d’entendre le témoignage, de mettre des voix, des images sur tous ces personnages de papier dont Olivier Morel nous parlent. Quelque chose m’a alors frappé ! Quelque chose qui n’apparaît pas forcément lorsqu’on lit la BD, l’apparente normalité qui émane de ces gens qui tentent de mettre des mots sur ce mal qui les ronge de l’intérieur. Une façade qui a tôt fait de se fissurer dès lors que les blessures du passé refont surface. Toutes ces questions qui reviennent tel un mal latent, récurrent, ne trouvant pas de réponses et qui commencent souvent par « pourquoi ? ». Pourquoi les avoir envoyés là-bas ? Soit disant au nom de la liberté, de la démocratie… mais plus certainement au nom de l’argent. Pourquoi avoir cautionné la barbarie ? Pourquoi personne – entendez par là l’administration Américaine – ne veut les aider et tente aujourd’hui encore de les marginaliser ? La réponse à cette question, nous la connaissons tous : parce que c’est le genre de truc qui fait tâche vis-à-vis de l’opinion publique et démotive les troupes encore engagées !

Côté dessin, Maël (Notre mère la guerre) a fait un boulot que je trouve excellent. Je ne connaissais pas bien ce dessinateur mais les planches qu’il a réalisé sur cet albums sont somptueuses. Le trait réaliste et les teintes sépia finissent de vous plonger au cœur de l’Irak et au cœur du syndrome aussi. Maël couche sur le papier la force émotionnelle du récit d’Olivier Morel.

Bref je ne peux que vous conseiller de lire Revenants, un album coup de poing et une lecture dont on ne ressort pas indemne. Il faut également voir le film, l’âme en sang, car ce sont – avec Revenants – deux supports totalement complémentaires.

Le nombre de suicides de vétérans est aujourd’hui supérieur à celui des soldats tués sur le sol Irakien. Ils sont 70 000 vétérans aux USA, dont 22 mettent fin à leur vie chaque jour. – Olivier Morel

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Voici le trailer du film d’Olivier Morel, l’âme en sang . J’ai décidé de ne pas vous donnez directement le lien du film sur l’un des sites de streaming qui le propose par respect pour l’auteur mais vous trouverez ça très facilement.

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Une réflexion sur “Revenants | Olivier Morel & Maël

  1. Je me retrouve tout à fait dans ce que tu as écrit, Nico. J’ai ressenti presque tout comme toi. Je prends bonne note de ce que tu écris sur le plus du reportage. Je pense que j’y viendrai à mon tour.
    Excellent chronique, bien au diapason de ce que j’ai pu en écrire ^^

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