Mutafukaz | Run


81sCUNhghNL._SL1469_Angelino, un jeune loser comme des milliers d’autres à Dark Meat City squatte une chambre d’hôtel miteuse dans le quartier latino de Rios Rosas avec son pote Vinz et enchaine les petits boulots. Ses journées se traînent en de monotones zappings télé. Heureusement il y a ces matchs de catch mexicain dont il est fan. De jobs foireux en discussions métaphysiques sous les étoiles avec son pote, son quotidien s’égrène lentement jusqu’à un banal accident de scooter. Angelino va alors plonger dans un ouragan d’ennuis inimaginables, impliquant hommes en noirs surarmés, gangs de toutes sortes, catcheurs justiciers mexicains et même des entités cosmiques vicieuses aux buts mystérieux ! [Synopsis éditeur]

Mutafukaz est la création de Run, un auteur qui aura galéré avant qu’un éditeur décide de lui donner sa chance. C’est Ankama qui franchira le pas en 2006. J’ai presque envie de dire que c’était l’éditeur évident tant cette série entre parfaitement dans le « scope » de l’éditeur Roubaisien. Difficile en effet de ne pas tomber amoureux de ce graphisme fouillé de Run. Les rues de Dark Meat City – inspiré de celles de Los Angeles – sont remarquablement réalisées. ça fourmille de détails et Run nous gratifie de planches originales tantôt en couleurs, tantôt en noir & blanc. On trouve également tout au long des albums des sortes d’interludes sous forme de fausses pubs vintage que l’on croirait directement sorties de vieux magazines des années 50.
A la lecture de la série (5 tomes pour le moment sans compter Metamuta), l’on sent que Run y a exploité bon nombres d’influences. Mutafukaz est un melting-pot de Pop-culture. Entre catch Mexicain (la célèbre Lucha), l’ufologie et les références aux croyances extra-terrestres très à la mode dans l’Amérique des années 50-60 (Roswell, battle of L.A), Run réussit à construire quelque chose de contemporain, ancré dans son époque, mais en se servant de nombreuses références historiques quelles soient fondées ou complètement farfelues.

Le récit s’appuie également sur des personnages originaux aux physiques pour le moins intéressant et graphiquement très réussit. Angelino, le héros de la série, en est le meilleur news466-Mutafukaz-Luchaexemple avec sa tête ronde. Il y a Vinz également, espèce de Ghost Rider miniature, le crane en feu due à une combustion spontanée (qui dure). Ce personnage tiendra une place importante dans le récit. Je ne manquerais pas de citer également Willy la chauve-souris qui offre un contrepoint comique au duo Lino, Vinz. Ce personnage ne cesse de parler, ce qui immanquablement, énerve nos deux personnages principaux. D’ailleurs Willy me fait beaucoup penser au personnage de Léo dans L’arme fatale (Vous voyez ?). Bref la galerie de personnages ne manque pas de piquant et je n’ai pas encore parlé des fameux catcheurs mexicains dont on peut bien se demander ce qu’ils viennent faire dans une telle histoire. Bien sûr vous aurez la réponse, il y a même un tome complet qui leur est réservé, le tome 0, mais j’y reviendrais plus tard. Bon ! Le graphisme c’est une chose, mais quid du scénario ?

Ce dernier repose sur des bases simples puisque le héros va passer de l’obscurité de sa petite vie minable à la lumière en découvrant qu’il est l’élu qui doit sauver le monde. Mais ça dégénère assez vite et l’on est rapidement embarqué dans un scénario mêlant violence, complots, assassinats, guerria urbaine, rencontre du troisième type, chasse aux nazis et situation comique. Un mélange explosif qui fonctionne à merveille tant le rythme du récit est soutenu car rare sont les moments où Run laisse ses personnages – et le lecteur – souffler. Les fusillades sont prenantes (le rendu des impacts de balles est superbe), l’action est omniprésente. Le lecteur ne s’ennuie pas une seconde certainement grâce aux divers registres narratifs utilisé par l’auteur. On sent bien que Run lui-même se serait ennuyé à ne rester que dans un seul style, alors qu’ici Mutafukaz est une explosion des genres, comic books, manga, bande dessinée, difficile de classer cette série. C’est juste Mutafukaz, un fourre-tout génial !

Mutafukaz0CouvPour être complet il faut également parler du tome 0 qui est décrit par l’auteur lui-même comme un préquel de l’histoire principal. Ce tome à été édité entre le tome 2 et 3 à une époque où Run était submergé par le travail que lui imposaient les différents projets pour Ankama (l’animé Wakfu entre autre). Cette charge de travail explique aussi l’attente – environ 2 à 3 ans – dont il faut faire preuve pour avoir le plaisir de tenir dans les mains un nouveau tome de Mutafukaz. c’est que nous avons affaire ici à un auteur pour le moins hyperactif. C’est donc la perspective de devoir laisser les lecteurs attendre 3 ans entre le tome 2 et le tome 3 qui a décidé Run à se lancer dans le projet du tome 0 – It came from the moon ! – épaulé de Bicargo, un dessinateur talentueux qui amènera un style vintage de toute beauté. Un style qui convient totalement à cet album qui, comme je le disais plus haut, se veux être un préquel. C’est un album que l’on peut considérer en marge de la série principale. Il n’est pas obligatoire de le lire pour apprécier la série dans son ensemble, c’est juste une pierre de plus ajouter par Run à l’édifice Mutafukaz. En revanche cet album est bien plus intéressant que l’OVNI Metamuta, un spin-off complètement barré – de Run et Jérémie Labsolu –  des aventures métaphysiques d’Angelino. L’idée étant de narrer les rêves de Lino (Angelino) qui retrouve celle qu’il aime et redécouvre son passé. Le tout est servit par un graphisme déroutant qui ne plaira pas à tout le monde. Cet album n’a que peu d’intérêt, seul les fans de la dernière heure y trouveront leur compte. Je ferme l’aparté ici, revenons à It came from the moon !

jpg_Mutafukaz_0-ItCameFromTheMoonAvec ce tome Run revient donc aux sources du mal. Nous voilà plongé dans les années 30 en pleine montée du nazisme. 1935, Hitler à une idée folle, celle de construire une base militaire sur la lune et faire du IIIème Reich le pionnier de la conquête spatiale. Alors que les cosmonautes nazis (nazonautes ?) alunissent grâce à un zeppelin – on fait ce que l’on veut dans une BD ! – ceux-ci sont accueillis par un insecte géant. Alors que leurs minutes sont comptées, ils sont sauvés par de mystérieux vaisseaux. Je n’irais pas plus loin dans la description car pour tout dire ça part dans tous les sens. On retrouve des catcheurs mexicains aventuriers – décidément Run aime le catch – qui recherche un crâne de crystal que possède les nazis.
Perso ce n’est pas cet album que je retiendrais pour vendre Mutafukaz même si la fin de l’album fait le lien avec le tome 1. Reste que ce tome 0 est aussi soigné que les autres. On notera également la présence de pages en 3D bien sympathiques – les lunettes sont fournies – réalisées par Jonn. Pour moi le tome 0 est une BD à part qui n’est pas un « must have ».

Pour finir signalons qu’un tome 5 devrait voir le jour bientôt… dans 3 ans en fait ! Trêve de plaisanterie, Mutafukaz est une excellente série contemporaine qui mérite que l’on attende pour lire la suite. C’est juste que c’est un peu long 3 ans.

Les albums parus jusqu’à aujourd’hui :

  • Mutafukaz Tome 0 : It Came From The Moon est paru le 4 décembre 2008 chez Ankama Éditions.
  • Mutafukaz Tome 1 : Dark Meat City est paru le 24 août 2006 chez Ankama Éditions.
  • Mutafukaz Tome 2 : Troublants Trous Noirs est paru le 6 septembre 2007 chez Ankama Éditions.
  • Mutafukaz Tome 3 : Révélations est paru le 11 février 2010 chez Ankama Éditions.
  • Mutafukaz Tome 4 : Dead End est paru le 14 février 2013chez Ankama Éditions.
  • Mutafukaz : Metamuta, les aventures mutaphysiques d’Angélino le 7 mai 2009 chez Ankama Éditions.

>>>  Le label 619 sera à l’honneur sur K.BD durant tout le mois de novembre. Mon artcile sur K.BD

pleine_page2_muta2mutafukaz_page59

Willy

Willy la chauve-souris

9782952450942_3

Publicités

Une réflexion sur “Mutafukaz | Run

  1. Pingback: Mutafukaz (Run) | K.BD

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s