Akira – La série | Katsuhiro Otomo


Akira-tome-1Relire Akira est à chaque fois un vrai régal pour moi. Cette série est un peu ma madeleine de Proust. Elle me renvoie inévitablement à de très bons moments de mon adolescence. Je me souviens avoir vu débarquer cette série en France et ce fût un choc à l’époque car un nouveau type de BD arrivait sur le territoire. Nous connaissions les Comic books, le bon vieux Franco-Belge des familles mais c’est bel et bien Akira de Otomo Katsuhiro qui va démocratiser le Manga dans l’hexagone. Chaque nouvel épisode des aventures de Kaneda et Tetsuo étaient attendues avec beaucoup d’impatience. Akira à marqué les récréations de toute une génération. Mais comme je suppose que tout le monde n’a pas encore lu ou vu cette œuvre – oui il y a l’animé aussi. J’en parle un peu plus tard – voici un modeste cours de rattrapage. Je signale que la version que je possède – et sur laquelle j’ai basé cet article – est la version couleur, on reparlera des versions un peu plus tard, car c’est le genre de truc qui fait débat.

La série débute sur ce texte :

Le 6 décembre 1992, à 14h17, une bombe d’un type encore inconnu explosa au-dessus des principales villes du Japon. Neuf heures plus tard, ce fut le début de la troisième guerre mondiale. Leningrad, Moscou, Kazakhstan, Irkutsk, Vladivostok, San Francisco, Los Angeles, Washington, New-York, Okinawa, Berlin, Hambourg, Varsovie, Londres, Birmingham, Paris, New Delhi…
Et puis, le monde commença à renaître de ses cendres…
A Néo-Tokyo, en 2030, 38 ans après l’apocalypse…

2030, Tokyo que l’on appelle Néo-Tokyo à présent est en proie aux crimes, c’est une mégalopole où règne la loi du plus fort. Une ville corrompue dans laquelle les bandes de motards tentent de faire la loi… leur loi. L’on retrouve l’une de ces bandes dès les premières pages. Kaneda – le chef de la bande – et Tetsuo – son meilleur ami – et leur Akira Katsuhiro OTOMObande de jeunes drogués désœuvrés roule poignée ouverte en grand sur une portion d’autoroute désaffectée, à la recherche de vitesse et d’adrénaline. Lors de ce « run » sauvage, Tetsuo a un accident en voulant éviter un jeune garçon à l’attitude étrange, pétrifié au milieu de la route. Alors que Kaneda et ses potes tente de réanimer Tetsuo, une voiture de l’armée surgit pour signifier aux loubards qu’ils sont dans une zone militaire interdite et que le corps va être emmené par une ambulance.

Tetsuo ne réapparaitra que bien plus tard et ne sera plus jamais le même. Depuis son accident il est en proie à d’étranges crises de délires paranoïaques. Nous découvrirons l’étendue réelle de ses pouvoirs par la suite. Avant cela, Kaneda, tombe en pleine rue, par le plus grand des hasards, sur le jeune garçon impliqué dans l’accident de Tetsuo. Une poursuite à alors lieu dans le dédale des rues de Néo-Tokyo, mais Kaneda et ses amis sont trop rapides. Alors qu’ils pensent avoir alpagué le jeune homme, d’étranges phénomènes se déclenchent, une vitre explose, les murs se fissurent, un réservoir d’essence s’écroule et encore plus bizarre, le jeune garçon devient carrément invisible !  Kaneda ne lâche pas l’affaire, il continue la poursuite, retrouve une nouvelle fois Takashi (on apprend enfin son nom) mais cette fois il va comprendre qu’il a mis les pieds dans une histoire qui le dépasse, et il ne le sait pas encore mais Kaneda va inévitablement recroiser le chemin du « nouveau » Tetsuo et de son pouvoir psychique. Il va découvrir le projet Akira.

Otomo - Kats uhiro in Akira« Cultissime » est le premier mot qui me vient à l’évocation de la série Akira. Un succès qui dure maintenant depuis plus de 30 ans et qui ne se dément pas avec le temps, bien au contraire. Katsuhiro Otomo a su trouver la recette pour que nous ne puissions plus décrocher de sa série. Il a en quelques sortes réinventées la manière de concevoir un Manga de science-fiction. Cette réussite est en partie dû aux influences multiples et diverses puisées dans les grands auteurs SF de la bandes dessinées, du roman et du cinéma. De Philip K.Dick à Moebius en passant par Stanley Kubrick, le mélange est éclectique. Katsuhiro Otomo applique un style réaliste et un rythme narratif soutenu que certain compare à celui de son illustre compatriote et réalisateur, Akira Kurosawa (Les sept samouraïs). En parallèle de l’intrigue principale, Otomo développe aussi une histoire d’amour nouée à une intrigue politique. Akira est un condensé de tous ces ingrédients si chers à cet auteur, l’ultra violence, le réalisme urbain, la peur des catastrophes naturelles et puis ce côté parapsychologique omniprésent. Une caractéristique que l’on retrouve dans Dômu, une autre perle de M. Otomo.

Nous parlions de réalisme juste avant. Le succès de cette série passe aussi par ce graphisme caractéristique. Le trait est soigné, très précis et chaque case fourmille de détails. On notera les magnifiques vues aériennes de Néo-Tokyo. Le plus impressionnant étant le soin apporté à chaque bâtiment partiellement détruit. Si l’on s’attarde un peu, même les immeubles au second plan bénéficient de cette qualité graphique. Cette précision est également présente dans le « character design ». Les personnages ont tous ce petit quelque chose de particulier qui les rend vivants. Puisque l’on parle du design, il est impossible de passer à côté deAkira-Katshhiro-Otomo la fameuse moto de Kaneda qui a, depuis, été élevée au rang d’objet mythique. Ce qui m’amène naturellement à vous parler du « mecha design ». Si l’on s’arrête sur les cases où apparaissent des véhicules, des robots ou tout autre élément mécanique, on voit que chaque partie est détaillée et que chaque pièce se trouve à leur place. Cela nous semble normal, ça semble cohérent. En plus de tout cela Otomo impose son rythme grâce à un découpage efficace, parfois surprenant pour l’époque, le rendu des courses de moto est réaliste, et on ressent cette impression de vitesse dans le trait du mangaka. Un exemple !

Côté couleur, là aussi le travail est saisissant de justesse. Du coup j’en reviens au débat sur la colorisation de cette œuvre dont je vous parlais plus haut. Il y a souvent débat autour des séries qui ont subit une mise en couleur (ou « recolorisation » parfois), les questions éternelles étant : Est-ce que cela est justifié ? Cela ne dénature-t-il pas l’œuvre originale ? Il faut bien avouer que généralement je suis défenseur de la version d’origine et du noir et blanc qui plus est. Mais dans le cas présent, pour moi cette version couleurs créée à l’origine pour les parutions Américaines et Européennes est loin d’être ridicule et ferait presque (je dis presque ^^) oublier la version noir et blanc. Les couleurs de Steve Olif sont de qualités et ne sont pas choquantes, au contraire, celles-ci sont nuancées, adaptés au trait Katsuhiro Otomo et donne de la profondeur aux cases. Bref du boulot soigné.
On ne retrouve pas cette qualité dans toutes les versions d’Akira, certaine sont parfaitement horrible, dont une carrément adapté de l’animé éponyme appelée « version akira_kiosque_1anime comics »… Bof ! Déjà que ce même animé prend des libertés avec le scénario original, mais déployer le concept vers le papier, c’était discutable.
Dans la version noir et blanc – en 6 volumes – qui a suivit cette édition couleur, Glénat à souhaiter recoller à l’image originelle du manga et surtout rééditer ce chef d’œuvre à la mode Nippone, en proposant de bons gros pavés de 350 pages avec un papier de qualité moyenne. Le genre de recueils typiques que l’on retrouve dans les kiosques au Japon. L’avantage majeur est que cette version est agrémentée d’une nouvelle traduction respectant à la lettre les textes du maître. Une initiative essentielle pour moi car il y avait eu pas mal d’approximations et surtout des libertés de prises sur la précédente traduction.

L’animé de 1988 reste une porte d’entrée pour découvrir le monde de Katsuhiro Otomo. Mais le scénario de cet animé – pourtant signé par Otomo lui-même – à été trop simplifié par rapport à l’original papier, il manque cette profondeur de caractère chez les personnages, l’intrigue est à des années lumières, en terme de qualité, à celle du manga, donc en bon bédéphile je ne peux que vous inciter à vous procurer et à prendre du temps pour lire cette série qui va rester encore longtemps dans le groupe des séries mythiques à ne rater sous aucun prétexte. C’est juste que du bonheur !

Akira, de Otomo, Katsuhiro – Éditions: Glénat/ couleur de 1990 – 145 planches en moyenne par album

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19 réflexions sur “Akira – La série | Katsuhiro Otomo

    • Parfois je me dis qu’il y a tellement de belles choses à lire que revenir sur une série comme Akira (faire du rétro reading) est une petite perte de temps puisque je l’ai déjà lu ! Mais en fait c’est à chaque fois un bonheur immense ^^
      Je vais me relire Dômu pendant les vacances de Noël.

  1. Ah, ces avis me font revenir l’irrépressible envie de me procurer cette série, dont je ne connais que la version animé et qui pour moi EST déjà une œuvre majeure qui m’a ouvert au manga !
    Il faudrait que je m’offre un jour le manga, en version noir et blanc je pense par ailleurs…

    Quand j’étais môme, je me suis acheté cette fameuse édition « animé-comics » dont tu parles. C’est moche et je te comprends. J’ai honte 🙂

    • Je pense que nous avons tous acheté un jour ou l’autre des BD dont les versions n’était pas top. Mais ça fait partie du jeux.
      Lorsque tu vois aujourd’hui les éditions Urban comics qui reprennent le catalogue Panini et que tu vois la qualité des albums, t’as envie de jeter tes vieux albums et tout racheter… ^^

      • C’est surtout que le manga arrivait en France, que nous étions ado et que nous n’y connaissions rien ou presque à part les dessins animés qu’on voyait à la TV !
        Si j’avais su à ce moment là qu’il y avait plusieurs éditions j’aurais peut-être été curieux de voir ce qu’il y avait dedans… aujourd’hui je regrette surtout ça, parce qu’au final oui, j’ai quelques séries dont le découpage est carrément nul (y’a qu’a voir ce qu’ont fait les éditions J’ai Lu à l’époque) mais je ne reproche rien parce qu’ils ont été les pionniers en fait, à sortir des choses qui effrayaient tous les autres.
        Pour Akira c’est différent. L’offre existait !

  2. Merci pour cet article fort intéressant. Voilà qui répond aux questions que je me posais justement ce matin.
    Je n’ai toujours pas lu le manga ni vu l’anime, mais concernant ce dernier, j’adore la BO que j’écoute souvent

    • Tout d’abord merci d’être passé par ici Bidib, je suis content de voir que tu as trouvé des réponses aux questions que tu te posais. Ça fait toujours plaisir de se rendre compte que l’on est un petit peu utile ^^

      J’ai fait un petit tour sur ton blog et j’avoue qu’il est très intéressant et instructif de s’y balader. Je suis assez bluffé par la partie Animé, j’ai découvert beaucoup de choses… Il faut que j’approfondisse mes découvertes.

      Sinon en ce qui concerne Akira, c’est pas mal de connaître la BO et pas l’animé ^^ Je ne peux que te conseiller de lire la BD avant, car c’est quand même la base et honnêtement le scénario du manga est bien plus complexe et aboutit que celui de l’animé.
      J’avais hésité à mettre la musique de kaneda (la plus connu je pense) en fond sonore sur mon article mais finalement j’ai abandonné l’idée… mais j’adore également la BO.

      • Merci, je suis contente que tu es trouvé quelques références animes intéressantes sur Ma petite Mediathèque.
        J’avoue que connaitre la BO avant le film, c’est original ^^ Je suis tombé sur le disque par hasard à la médiathèque et j’adore, alors je l’emprunte dès que j’en ai l’occasion.
        J’ai déjà dans ma bibliothèque les premier tomes d’Akira, j’attends juste d’avoir un peu de temps à y consacrer. Après avoir lu plusieurs articles sur la série hier, j’ai bien envie de m’y mettre vite

      • Tu as les premiers tomes de la version couleur ou noir et blanc ? Parce qu’il y a des gens qui attachent pas mal d’importance au fait que c’est l’édition N&B qui est « LA » version qui compte vraiment… ^^

      • J’ai la version noir et blanc, sortie chez France Loisir

        En général je suis d’avis que c’est mieux en version générale, je préfère par exemple les manga avec ses de lecture japonais. Mais après, ça dépend de la qualité de l’adaptation.
        Pour Akira, je n’ai jamais vu la version colorisé, mais d’après les images que je vois ici, c’est plutôt du bon boulot, très comics, non ?

      • Ouais c’est une colorisation très US dans l’âme ^^ En même temps c’était pour plaire au marché Américain à l’origine, mais je ne la trouve pas choquante.
        Pour les mangas, pareil je préfère les adaptions qui font honneur à la version originale. D’ailleurs c’est aussi pour ça que j’adore les mangas parus chez Cornélius. C’est un éditeur qui respecte l’œuvre, l’auteur et le lecteur.

      • Mizuki est un auteur que j’aime beaucoup. Les albums Hitler et opération mort tout particulièrement. J’ai lu une partie des Kitaro aussi… ça m’a rappelé mon enfance ^^

  3. La BO est excellente il faut bien l’avouer. Et pas que le morceau que tu cites ! J’adore le passage dans la chambre de Tetsuo aussi quand il reçoit « de la visite ». Et puis les autres sons ne sont pas en reste non plus, même la poursuite avec les clowns ça donne plein de tonus à l’animé et participe à l’ambiance !

    • En plus, il y a ces sonorités Japonisante (évidemment ^^) qui me rappelle ces sons que tu entends généralement lorsque tu visites des temples ou des sanctuaires. Les chants Bouddhistes, les « ding-ding » de cloches, etc…

      D’autre part j’ai appris, sur le site « cinezik », que le compositeur de cette musique, Shoji Yamashiro a créé cette musique sans avoir vu le film.
      Voici le lien de cette étude (il n’y a pas d’autres mots) de la musique d’Akira

      http://www.cinezik.org/critiques/affcritique.php?titre=akira

  4. Pingback: Akira (Otomo) | K.BD

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